Cinéma Jean Mounier

Promenade dans le Cinéma d'hier à travers l'itinéraire d'un pionnier de la communication cinématographique, Jean Marie Mounier

Les années vingt (1926-1931)

(c) collection privée – D.R –


Le Madeleine à  la conquête de Paris




Le Madeleine, stylisme Alexia Fourcaud Dana – (c) collection privée – D.R –

En 1926, il est nommé directeur du Cinéma Madeleine, Boulevard de la Madeleine.

La mode mondiale des Cinémas Palaces a gagné la France. « Aller au cinéma » est une sortie qui fait rêver. A cette époque, Paris compte cinquante cinémas de plus de mille fauteuils. Dans les années trente, des salles gigantesques se construisent : le Rex, le Gaumont Palace, le Paramount. Les cinémas français sont des temples à la gloire d’Hollywood.

Le Cinéma Madeleine, avec ses 815 places, au 14 du Boulevard Madeleine, fait l’angle avec la rue Vignon. Il appartient à la Métro Goldwyn Mayer, dont les bureaux sont 37 rue Condorcet, le prix des places est de 15 francs aux trois premiers rangs d’orchestre, 20 Frs. et 25 Frs. à l’orchestre et au balcon, 30 Frs dans les corbeilles et les loges, le téléphone est à la disposition des clients et le vestiaire est gratuit.

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Les patrons de Jean Mounier sont donc des Américains. Le jeune directeur va très vite porter plusieurs casquettes.

Pendant près de dix ans, il gère la salle, il accueille les stars hollywoodiennes qui viennent à l’occasion de la sortie des films, il organise de somptueuses « Premières », prévoit les Conférences de Presse, crée des évènements destinés à faire parler des films projetés au Madeleine, des publicités qui vantent les programmes.

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En 1930, il devient le directeur de tous les services de Publicité de la Métro.

La firme américaine publie un journal interne « L’Action », on y cite souvent le jeune directeur.

Pendant toutes ces années, il fait preuve d’une imagination sans limites.

Ramon Novarro dans Ben-Hur – (c) collection privée – D.R –

En 1927, le Madeleine projette un film muet mais spectaculaire : BEN HUR avec un jeune premier qui fait se pâmer les dames, Ramon Novarro….

Jean Mounier invite tous les VIP de l’époque. Poincaré , ancien président de la République et père du « Franc Poincaré » accepte l’invitation.

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C’est un film événement.

Tous les soirs une immense queue de spectateurs impatients s’allonge devant le cinéma et tourne dans la rue Vignon.

Pendant un an, la salle ne désemplit pas, c’est un triomphe. Pendant la fameuse course des chars, le son manque et Jean Mounier demande à Joséphine, la « Dame pipi » des toilettes et aux ouvreuses de se placer derrière l’écran avec des casseroles qu’elles frappent sur des couvercles pour créer un bruitage qui ravit le public.

A l’occasion, du démarrage de la deuxième année d’exclusivité, le 26 Avril 1928, un programme souvenir, illustré, est édité, sous une couverture élégante au beau graphisme purement années Trente.

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A l’intérieur, le texte est en Anglais et en Français rappelle que le film a été présenté au Président de la République, Gaston Doumergue et au Château de Windsor. Têtes couronnées et représentants de la République font partie des spectateurs ! Sans compter Clémenceau, qui, invité, se rendit au Madeleine. Le jeune directeur fut très fier de le recevoir dans son petit bureau, caché sous un escalier.

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Ramon Novarro vient à Paris et sympathise avec Jean Mounier qui organise une conférence presse réunissant de manière insolite Ramon Novarro et le célèbre boxeur Carpentier. Autour, les dames s’agitent pour attirer l’attention des deux vedettes. Succès total.

Ben-Hur fut un événement. A sa sortie,en 1926, il remporta un succès phénoménal. La critique s’emballait. Voici l’extrait d’un article paru dans « L’œuvre » , le Dimanche 27 Novembre 1927 :

-Un film prodigieux, ce Ben-Hur qui a atteint les sommets de l’art en ce qu’il a de plus puissant et de plus délicat, s’inspire des traditions respectueuses d’une religion. Ben-Hur, c’est la vie du Christ….Or, pas une fois, on ne voit sur l’écran le visage de Jésus Christ ; seule, sa main paraît. Ainsi la Divinité doit être invisible, seule la main de la Providence se manifeste.

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Le programme du Madeleine va continuer attirant à Paris les plus grands films de la Métro : Le Voile des Illusions avec Greta Garbo, Grand Hotel avec Garbo, John Barrimore, Joan Crawford, Arsène Lupin avec les deux Barrymore, Si l’Empereur savait cela de Jacques Feyder avec André Luguet, Françoise Rosay, Tania Fédor, tous exilés à Hollywood, Jean Harlow dans Red Dust, Ma vache et moi avec Buster Keaton et….La veuve Joyeuse avec Maurice Chevalier parti tenter sa chance à Hollywood….

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1929 : le cinéma parlant pointe le nez.

Les directeurs des petites salles s’alarment, ils n’auront jamais les moyens d’installer des cabines de « Sono-projections ».

Un journaliste de la Publication « Comedia », Jacques Faure, rassurant écrit le 9 Septembre 1929 :

-Rien n’est plus aisé que de passer aux films sonores et parlants. La manipulation est exactement la même que pour les films muets actuels. La synchronisation est automatique et l’opérateur n’a pas plus de travail que dans la pratique actuelle. L’un des appareils les plus simples et les plus parfaits qu’il m’ait été donné de détailler est un appareil américain dont l’amabilité de Monsieur Mounier, l’avisé directeur du Madeleine Cinéma m’a permis de pénétrer les mystères….

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Le Madeleine, le 5 Janvier 1929 avait déjà projeté un des premiers films « sonorisés » de la Métro Goldwyn Mayer, Ombres Blanches de W.S. Van Dyke, un film romantique et exotique qui ravira les Surréalistes et remportera un grand succès. Une lettre d’un technicien expédié à Jean Mounier bien des années plus tard, raconte la semaine épuisante qui a précédé la première séance, toutes les nuits, les ouvriers électriciens se sont battus avec les câbles électriques pour installer le son et la musique qui devaient accompagner les images.

Cette lettre se trouve actuellement à la Cinémathèque Française, dans le fonds au nom de Jean Mounier.

Jean Marie Mounier, interviewé sur le cinéma parlant déclare dans « La Griffe Cinématographique » (Novembre 1929) :

-Le film parlant a de l’avenir, regardez Broadway Melody vous permet déjà de vous faire une opinion, c’est un film entièrement parlant. Nous devons nous attendre à des progrès merveilleux…Il y a certainement moyen de faire du film parlant français, équipons nos studios à l’américaine. Utilisons les appareils américains, sinon, il nous faudra bien attendre trois ans pour en construire des nationaux.

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Et en 1931, Le Madeleine Cinéma projette un film opérette « Le chanteur de Séville ».

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Ramon Novarro y chante en Français fort bien et Jean Mounier organise une grande soirée de Gala pour la première, en présence d’une charmante Miss Europe.

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Ramon Novarro est venu à Paris pour le lancement de son film. Il retrouve Jean Mounier avec plaisir. Les deux hommes posent devant les photographes et ne cachent pas leur satisfaction: le film est un formidable succès

Retrouvez la suite de la biographie de Jean Mounier au chapitre suivant :

Les années trente (1932-1939) consacré à la suite de la carrière de Jean Mounier pour la M.G.M (Laurel & Hardy) et à son passage à la R.K.O et le lancement de Blanche-Neige en France.


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  1. Carlo Dana

     /  24 mai 2011

    Tout ceci est fort intéressant.

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